Le tableau officiel du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (délégation régionale du Nord-Ouest) classe 34 communes selon le taux d’exécution physique de leur budget d’investissement public régional au 31 août 2026. Les chiffres vont de 100 % (Funfuka, 1er) à 0 % (Nkor, 34e).
Tête de classement (≥ 60 %) :
Funfuka (100 %), Nkambe (87,29 %), BCC (76,95 %), Misaje (76,40 %), Njinikom (72,37 %), Nwa (68,60 %), Fundong (67,87 %), Zhoa (63,04 %).
Milieu de tableau
(40-60 %) : une quinzaine de communes, dont Mbengwi, Ndu, Batibo, Elak, Bamenda I, Benakuma, Babessi, Furu Awa, Bamenda III, Tubah, Widikum, Wum, Ako.
Queue de classement (< 40 %) :
Ndop, Bamenda II, Mbiame, Belo, Nkum, Santa, Andek, Jakiri, Bafut, Kumbo, Njikwa, Bali (8 %), Nkor (0 %). Plus de la moitié des communes se situent sous la barre des 50 %.
Ces données sont froides et factuelles. Elles révèlent une exécution globalement faible pour un exercice budgétaire déjà bien engagé (fin août).
Dans une région normale, un tel écart entre les meilleurs et les pires serait déjà préoccupant.
Selon Klein Reporters : » Dans le Nord-Ouest, zone de crise sécuritaire depuis 2016-2017 (conflit armé, groupes séparatistes, opérations militaires, déplacements de populations, fermetures d’écoles et de marchés, restriction de la mobilité), ces chiffres deviennent particulièrement douloureux non seulement pour la population mais aussi pour l’État »
L’INSÉCURITÉ, LE MOINS CHÈRE DES PARESSEUX !
Certains estiment que l’insécurité limite l’accès des entreprises, des ingénieurs et des agents de suivi aux chantiers. Les entrepreneurs hésitent ou demandent des primes de risque élevées. Les populations déplacées internes réduisent la main-d’œuvre locale et la capacité de mobilisation communautaire. Les retards de décaissement, la faible capacité technique de certaines communes et, parfois, des problèmes de gouvernance locale s’ajoutent. Les communes les mieux classées sont souvent celles qui ont conservé un minimum de stabilité relative ou qui ont pu concentrer les projets dans des zones encore accessibles.
Les dernières de la classe (Bali à 8 %, Nkor à 0 %) illustrent des territoires où presque aucun investissement public n’a pu se concrétiser.
» Dans une région déjà frappée par la pauvreté, le chômage des jeunes et l’exode, chaque point de pourcentage manquant se traduit par des services de base qui n’arrivent pas aux habitants. L’écart entre Funfuka (100 %) et Nkor (0 %) n’est pas seulement statistique : il creuse les inégalités territoriales à l’intérieur même de la région. » estime Roly Londell Klein
Dans le système budgétaire camerounais, les fonds votés pour le Budget d’Investissement Public (PIB) peuvent être décaissés (paiement aux entrepreneurs, avances, etc.) sans que les travaux correspondants soient achevés ou même démarrés. Le tableau officiel d’août 2026 mesure précisément l’exécution physique.
Quand de nombreuses communes se situent sous 50 %, voire proches de 0 % (Bali à 8 %, Nkor à 0 %), alors que des crédits ont été libérés, l’écart est objectivement problématique et critique
Des sommes sorties des caisses publiques ;
Des projets annoncés (routes, points d’eau, écoles, marchés…) qui n’apparaissent pas ou restent à l’état d’ébauche ;
Des entrepreneurs payés (partiellement ou totalement) sans livrables visibles c’est la maladie qu’on peut observer dans le Bui.
Ce décalage nourrit légitimement le sentiment que « l’argent des camerounais a disparu des mains d’un groupe de politicien qui gagne le terrain dans le nord ouest».
La crise sécuritaire explique une partie, mais pas tout
L’insécurité (lockdowns, accès difficile aux chantiers, réticence des entreprises, déplacements de populations) rend objectivement plus dur de réaliser des travaux. Les autorités régionales elles-mêmes l’ont reconnu à plusieurs reprises (retards de paiement des entrepreneurs, jours de lockdown, difficultés d’accès). C’est un facteur réel et atténuant.
Cet argument a des limites . Certaines communes atteignent 70-100 % d’exécution physique dans le même contexte que les autres comment expliquer celà si d’autres mais ne decaissent pas pour ne rien faire et font porter le chapeau à bla crise sécuritaire ?
Cela prouve que des réalisations restent possibles avec une bonne organisation, un choix de projets adaptés et un suivi rigoureux.
Les élus locaux (maires et conseillers de la majorité au pouvoir) restent les ordonnateurs et les responsables du suivi des marchés. Ils ont l’obligation de justifier les retards, de résilier les marchés non exécutés, de récupérer les avances non justifiées et de rendre compte publiquement. Le font ils?
Les rapports du Public Independent Conciliator (PIC) du Nord-Ouest ont, sur plusieurs années, enregistré des plaintes récurrentes pour non-réalisation de projets et allégations de mauvaise gestion ou de détournement dans certaines communes. Ces plaintes ne sont pas nouvelles.
Quand les fonds sont décaissés et que les réalisations ne suivent pas sans justification transparente comme on le voit dans ce tableau (force majeure documentée, difficultés d’accès prouvées, etc.), la responsabilité des élus et des services techniques est engagée. La crise ne constitue pas un blanc-seing pour l’absence de résultats. Il faut que l’État ouvre les yeux sur ces élus locaux et enseignants qui décaissent mais ne font rien de concret sur le terrain. Où va l’argent sans effectivité ?
Les populations financent (via impôts et transferts) et sont les bénéficiaires. Elles ont le droit d’exiger que l’argent produit des biens publics visibles.
Les écarts importants entre communes (certaines à 100 %, d’autres à moins de 10 %) montrent que le niveau de performance dépend aussi de la gouvernance locale, pas uniquement de l’insécurité.
Quand l’argent part sans résultats, cela alimente le cynisme, le sentiment d’abandon et peut même renforcer les narratifs de ceux qui contestent l’autorité de l’État.
Une bonne gouvernance en zone de crise demande précisément plus de rigueur, pas moins : choix de projets réalisables, suivi renforcé, publication régulière des états d’avancement, audits et sanctions en cas de manquements.
L’insécurité explique des retards, mais elle n’excuse pas l’absence totale ou quasi totale de réalisations une fois les fonds décaissés. Les élus locaux restent comptables devant leurs administrés. Comment dans une même zone de Crise d’autres départements sortent la tête de l’eau mais le Bui se sent en arrière comme un poisson dans l’eau ?
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