Le gouvernement camerounais a admis mercredi que près de 80 à 90 % de l’or produit dans le pays échappe au circuit officiel de collecte, privant l’État de recettes considérables. Cette annonce a été faite par le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry, lors d’un point de presse tenu le 15 juillet à Yaoundé.Selon lui, cette situation est due aux failles du système de déclaration et de contrôle, notamment dans la phase chimique de récupération de l’or par cyanuration et lixiviation. Une grande partie du métal précieux échappe ainsi aux mécanismes de traçabilité et de taxation.Pour y remédier, le gouvernement mettra en place dès le 1er août une task force interinstitutionnelle, regroupant la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des douanes (DGD) et la Société nationale des mines (Sonamines).
Objectifs financiers ambitieux
Le plan vise à récupérer 95 milliards de FCFA sur la production de 2025, un montant équivalent étant attendu pour le premier semestre 2026. Les autorités espèrent atteindre 300 milliards de FCFA de recettes pour l’ensemble de l’année 2026.« Il sera procédé à des redressements fiscaux et douaniers qui permettront à l’État de récupérer au moins 95 milliards sur la production de 2025 », a précisé le ministre.Les enquêtes menées sur le terrain ont révélé 51 installations de traitement, dont 33 disposent de réservoirs de grande capacité capables de traiter jusqu’à 300 000 tonnes de gravier minéralisé par cycle. Ces données serviront de base à la stratégie de recouvrement.
Gouvernance renforcée
Au-delà du redressement fiscal, le gouvernement entend revoir la gouvernance de la filière. Une équipe permanente Sonamines-DGI-DGD sera déployée sur les sites de production pour assurer un suivi en temps réel des volumes extraits et une collecte des taxes à la source.Un expert international sera également recruté afin d’évaluer scientifiquement le potentiel de production de chaque site. L’objectif est de bâtir une base de taxation plus fiable, moins dépendante des déclarations des opérateurs.
Contexte de transparence
Ces mesures interviennent dans un climat de suspicion alimenté par le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Celui-ci relevait un écart majeur entre les 22 kg d’or officiellement exportés par le Cameroun et les 15 tonnes enregistrées par les douanes des Émirats arabes unis.
Plus récemment, le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, a indiqué qu’environ 44 tonnes d’or auraient échappé au circuit formel entre 2021 et 2025, dont 8 tonnes pour la seule année 2025. À ce jour, le Cameroun ne dispose pas de mine industrielle d’or, ce qui favorise une exploitation artisanale semi-mécanisée difficile à contrôler.
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