Guinée équatoriale — 4 février 2026
Après plus d’une décennie d’études techniques, de négociations diplomatiques et de reports successifs, le Cameroun et la Guinée équatoriale ont signé, le 3 février 2026, un accord d’unitisation pour le champ gazier transfrontalier Yoyo-Yolanda, situé à cheval sur leur frontière maritime dans le golfe de Guinée. Selon Klein Reporters cet accord, paraphé lors de discussions de haut niveau à Malabo, ouvre la voie à une exploitation coordonnée d’un réservoir estimé à environ 2 500 milliards de pieds cubes de gaz naturel en place (soit environ 70 milliards de mètres cubes), ce qui en fait l’une des plus importantes ressources gazières inexploitées d’Afrique centrale.
Le gisement porte le nom de Yoyo côté camerounais (bloc Yoyo) et de Yolanda côté équatoguinéen (bloc I). Il a été découvert au milieu des années 2000 par Noble Energy (aujourd’hui intégré à Chevron), qui reste l’opérateur technique principal pour les deux pays. Selon les études techniques conjointes, la répartition des réserves devrait refléter la répartition géologique du réservoir : environ 84 % pour le Cameroun et 16 % pour la Guinée équatoriale.Cet accord d’unitisation — mécanisme juridique qui permet de traiter le gisement comme une seule entité indépendamment de la frontière internationale — fait suite à un traité bilatéral signé en mars 2023 par les présidents Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Ce traité, qui encadre l’exploitation conjointe des ressources pétrolières et gazières transfrontalières, a été enregistré auprès des Nations unies. Dans un communiqué publié peu après la signature, Chevron a salué l’accord et réaffirmé son engagement à faire avancer le projet. « Le champ Yoyo-Yolanda représente une opportunité majeure pour développer des ressources énergétiques plus propres dans la région », a déclaré un porte-parole du groupe.
Le schéma de développement prévoit la construction de deux pipelines sous-marins reliant le gisement aux infrastructures existantes, très probablement celles de Guinée équatoriale (Alba ou Punta Europa), qui disposent déjà d’une capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Une partie du gaz pourrait également alimenter des projets de production d’électricité au Cameroun.
Cet accord intervient alors que les deux pays cherchent à diversifier leurs économies au-delà de la production pétrolière classique. Pour le Cameroun, il ouvre la perspective de devenir un exportateur de gaz significatif et d’alimenter son marché intérieur en croissance. Pour la Guinée équatoriale, déjà producteur établi de GNL, il permet de renouveler ses réserves déclinantes et de consolider sa place dans le paysage énergétique régional. Les analystes soulignent toutefois que la rentabilité commerciale dépendra de plusieurs facteurs : décision finale d’investissement (FID), prix du gaz, coûts d’infrastructure et obtention de contrats d’achat à long terme — des obstacles qui ont déjà retardé des projets similaires ailleurs en Afrique. Malgré ces défis, l’accord est largement perçu comme un exemple rare de coopération régionale réussie dans une zone souvent marquée par des différends frontaliers maritimes. Les diplomates des deux pays l’ont qualifié de « modèle de partage des ressources dans la zone CEMAC » lors de la cérémonie de signature.
Les prochaines étapes porteront sur la négociation de l’accord d’exploitation conjoint et le choix définitif du concept de développement. Chevron et les compagnies pétrolières nationales espèrent boucler ces phases dans les prochains mois. « S’il est pleinement mis en œuvre, l’accord d’unitisation Yoyo-Yolanda pourrait devenir l’un des développements énergétiques les plus marquants d’Afrique centrale de la dernière décennie — et une avancée discrète mais significative vers une meilleure intégration énergétique dans une région longtemps divisée par des frontières héritées de l’époque coloniale. » Roly Londell Klein
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