Yaoundé, le 21 février 2026 , par Klein Reporters – L’État du Cameroun a finalisé, le 10 février 2026, le rachat des 51 % des parts détenues par le fonds britannique Actis dans Eneo (Energy of Cameroon), pour un montant de 78 milliards FCFA (environ 119 millions d’euros). Financé sur le budget 2026 et effectué par anticipation (avant l’échéance du 16 février), ce paiement marque la renationalisation effective de l’opérateur historique de l’électricité , l’État contrôle désormais 95 % du capital, les 5 % restants étant réservés aux employés. Selon Klein Reporters, cette reprise clôt plus de deux ans de négociations tendues, Actis étant entré au capital en 2014. Mais elle s’accompagne d’un passif massif : Eneo traîne une dette globale estimée à 800 milliards FCFA fin 2024 (et toujours d’actualité en 2026), dont environ 500 milliards dus aux fournisseurs et une part importante liée aux impayés des administrations publiques.
La pression s’intensifie avec le barrage de Nachtigal (420 MW, opérationnel depuis 2024 en partenariat avec EDF et d’autres). Le contrat take-or-pay impose à Eneo des paiements d’environ 10 milliards FCFA par mois pour l’électricité produite, que celle-ci soit pleinement écoulée ou non. Les difficultés de paiement ont déjà conduit l’État à mobiliser des facilités bancaires (jusqu’à 100 milliards FCFA évoqués) et à réabonder des garanties, sous la menace d’activation de la contre-garantie de la Banque mondiale (qui a plané en janvier 2026).
Dans ce contexte, tout projet futur est conditionné. La Banque mondiale exige des réformes urgentes et structurelles avant tout soutien au barrage hydroélectrique de Kikot (500 MW prévu sur la Sanaga, coût global supérieur à 650 milliards FCFA) : redressement financier d’Eneo, apurement des dettes, amélioration du recouvrement, réduction des pertes techniques et de la fraude, modernisation du réseau, etc. Sans ces mesures, aucun déblocage de fonds ni garantie n’est envisageable.
Selon certaines sources le Cameroun a réglé 78 milliards FCFA au fonds d’investissement britannique Actis le 10 février dernier. L’État reprend ainsi définitivement les 51% du capital d’ENEO qu’Actis détenait faisant monter sa participation à 95% contre 5% pour le personnel de la société.
Le gouvernement mise sur un redressement rapide – meilleur recouvrement des créances, restructuration de la dette, hausse de la demande industrielle – pour générer jusqu’à 50 milliards FCFA de revenus supplémentaires dès mi-2026. Mais les analystes soulignent les risques : la renationalisation place l’État face à une équation délicate entre souveraineté énergétique et soutenabilité financière. Le secteur de l’électricité camerounais reste sous haute tension.
Roly Londell Klein
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