Une délégation à Lagos pour négocier avec Dangote financement et approvisionnement pétrolier Limbé / Lagos, 3 février 2026 – La Société nationale de raffinage (Sonara) intensifie ses démarches pour sortir de l’ornière. Du 20 au 23 janvier 2026, une délégation de haut niveau de l’entreprise, conduite par son directeur général El Hadj Bako Harouna, s’est rendue à Lagos pour des discussions avec le management de la raffinerie Dangote, la plus grande unité de raffinage d’Afrique.Objectif affiché : poser les bases d’une collaboration durable à la fois technique et commerciale.
Concrètement, la Sonara souhaite sécuriser un approvisionnement stable en produits pétroliers raffinés (essence, gasoil, kérosène, etc.) pour le marché camerounais via la méga-raffinerie nigériane de Dangote, tout en explorant la possibilité d’obtenir un financement (sous forme de prêt ou d’appui plus structuré) pour accompagner sa relance.Cette mission s’inscrit dans le cadre du plan Parras 24 (Plan d’accélération des mesures de restructuration et de réhabilitation pour la reprise du raffinage sous 24 mois), adopté en 2025 par le conseil d’administration de la Sonara.
Ce programme, évalué à environ 292 milliards FCFA, vise à remettre l’outil industriel en état d’ici fin 2027, six ans et demi après l’incendie dévastateur du 31 mai 2019 qui a détruit une grande partie des installations. Une dette lourde qui conditionne tout . Mais la piste Dangote reste conditionnée à un préalable majeur : l’avancement significatif de la restructuration de la dette de la Sonara, estimée à 479 milliards FCFA envers les banques commerciales et les traders pétroliers internationaux. Selon Klein Reporters, ce montant correspond en grande partie aux engagements non honorés depuis l’arrêt du raffinage. Il se décompose notamment en :261 milliards FCFA dus aux banques locales (dette rééchelonnée en 2021 sur 10 ans à 5,5 %)
185 milliards FCFA à Vitol
20 milliards FCFA à Mercuria Energy
14 milliards FCFA à Trafigura
8,5 milliards FCFA à PSTV
Pour éponger cette ardoise historique (qui dépassait les 1 000 milliards FCFA en 2019-2020), l’État camerounais a mis en place depuis 2020 une taxe spéciale de soutien de 47,88 FCFA par litre de carburant vendu. Au 31 octobre 2025, ce mécanisme avait déjà permis de consigner 479 milliards FCFA sur un compte séquestre à la BEAC.
Malgré ces rentrées, le rythme des remboursements et la lourdeur des engagements continuent de peser sur la crédibilité financière de l’entreprise. Dangote, futur partenaire stratégique ?À court terme, la raffinerie Dangote pourrait surtout devenir le fournisseur principal du Cameroun, qui importe aujourd’hui la totalité de ses besoins en carburants. Au premier semestre 2025, la facture des importations de carburants et lubrifiants a atteint 333,7 milliards FCFA, selon les dernières statistiques du ministère des Finances. À plus long terme, plusieurs observateurs n’excluent pas que le groupe nigérian, contrôlé par l’industriel Aliko Dangote, puisse s’intéresser à une prise de participation dans le capital de la Sonara réhabilitée, voire à une forme de partenariat stratégique ou de gestion déléguée.
Une telle perspective reste toutefois très conditionnelle et dépendra des avancées concrètes sur la dette et sur le plan de réhabilitation.Contactée, la direction de la Sonara indique que « cette visite à Lagos marque une étape importante dans la recherche de solutions pragmatiques et régionales pour garantir l’indépendance énergétique du Cameroun tout en restant à l’écoute des partenaires ».
Reste à savoir si les négociations entamées à Lagos déboucheront rapidement sur des accords concrets, alors que le pays ne peut plus se permettre de rester totalement dépendant des importations dans un contexte régional marqué par la montée en puissance de Dangote comme acteur pétrolier majeur en Afrique de l’Ouest.
Roly Londell Klein
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