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TRAFIC D’ARMES AU NIGERIA : L’HISTOIRE DE L’IRANIEN AZIM

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L’histoire d’Azim Aghajani est une saga de trois ans mêlant espionnage international, contrebande à haut risque et drame judiciaire, qui a placé le Nigeria au cœur d’une crise sécuritaire mondiale.

L’opération a débuté en plein mois de juillet 2010, au port de Tin Can Island, à Lagos. Un navire affrété par la France, le MV Everest, a accosté après un long voyage depuis le port iranien de Bandar Abbas, avec un détour suspect par Mumbai. À son bord se trouvaient 13 conteneurs industriels expédiés par la Behineh Trading Company de Téhéran.
Le manifeste avait été soigneusement rédigé pour éviter tout soupçon, décrivant la cargaison comme « des paquets de laine de verre et des palettes de pierres ». Pendant des mois, ces conteneurs sont restés intacts dans l’air humide de Lagos. Le plan consistait en une manœuvre de transit : les marchandises devaient être débarquées au Nigeria, dédouanées, puis réexportées vers Banjul, en Gambie. En utilisant le Nigeria comme plaque tournante, la véritable origine de la cargaison, l’Iran, serait masquée avant qu’elle n’atteigne sa destination finale.

Les « matériaux de construction » sont restés sur place jusqu’à fin octobre, date à laquelle les agents ont tenté de ramener les conteneurs au port pour les réexporter. Cependant, ils ignoraient que le Département des services de sécurité (DSS) et les douanes nigérianes les surveillaient déjà. Des rumeurs de l’époque suggéraient qu’une information de haut niveau, provenant peut-être de sources de la défense israélienne, avait alerté Abuja sur la nature « troyenne » de la cargaison.

Le 26 octobre 2010, les forces de sécurité ont fait irruption et ont brisé les scellés des caisses. Derrière une fine couche de dalles et de pierres, elles ont découvert la quantité stupéfiante de 240 tonnes de matériel de qualité militaire :

*Des roquettes d’artillerie Katyusha de 107 mm (conçues pour des tirs de barrage destructeurs à longue portée).

*Des obus de mortier de 60 mm, 81 mm et 120 mm.

*Des grenades à main, des explosifs et des milliers de cartouches pour fusils

Alors que l’on procédait au décompte des caisses, le principal responsable de l’opération, Azim Aghajani, et son associé Sayed Abbas Tahmasbi, ont pris la fuite. Ils se sont réfugiés à l’ambassade d’Iran à Abuja, cherchant à bénéficier de l’immunité diplomatique.
Cette découverte a déclenché une violente crise diplomatique. Le Nigeria a menacé de dénoncer l’Iran au Conseil de sécurité de l’ONU pour violation de la résolution 1747, qui interdisait strictement à l’Iran d’exporter des armes. Sous une pression immense, l’Iran a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, à Abuja le 11 novembre. Finalement, Aghajani a été remis aux autorités nigérianes, tandis que Tahmasbi, identifié par l’ONU comme un haut responsable de la Force Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a été autorisé à quitter le pays sous couverture diplomatique.

Aghajani n’était pas seul. Le DSS a arrêté son facilitateur local, Ali Abbas Usman Jega. Au cours des interrogatoires, un réseau complexe s’est dessiné. Aghajani a insisté sur le fait qu’il n’était qu’un « homme d’affaires privé » et que cette cargaison constituait une « transaction commerciale normale » entre l’Iran et le gouvernement gambien. Jega, quant à lui, a affirmé qu’il n’était qu’un agent de dédouanement qui n’avait aucune idée de ce que contenaient réellement les caisses.
Cependant, les enquêteurs ont découvert un langage codé et des documents d’expédition falsifiés utilisés pour contourner les sanctions internationales. Il a été révélé qu’Aghajani opérait sous la direction directe de la Force Qods, la branche d’élite des Gardiens de la révolution iranienne chargée des opérations à l’étranger.

Le procès devant la Haute Cour fédérale de Lagos a débuté en février 2011. Pendant deux ans, le juge Okechukwu Okeke a présidé une affaire qui a attiré l’attention du monde entier.

2011 : Le tribunal a appris que les armes avaient été fabriquées aussi récemment qu’en 2008. L’accusation a fait valoir que l’ampleur de l’arsenal, capable de mener des attaques à distance de plusieurs kilomètres, prouvait qu’il était destiné à une force militaire ou insurgée bien entraînée, et non à une entité privée.

 

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