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CONDAMNÉ À MORT…

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Condamné à mort pour le meurtre d’un enfant de six ans : le verdict qui a fait trembler Yaoundé

L’affaire « Bébé Mathys » aura tenu en haleine tout un pays pendant dix mois. Ce mercredi, la justice camerounaise a tranché — et sa sentence résonne bien au-delà des frontières du Mfoundi.

YAOUNDÉ, 18 mars 2026 — Il était à peine 6 heures du matin quand des familles ont commencé à se rassembler aux abords du Tribunal de grande instance du Mfoundi, dans le centre de la capitale camerounaise. Certains avaient fait des heures de route. D’autres tenaient entre les mains des photos d’un bambin aux yeux rieurs, encadrées d’un ruban noir. Ils attendaient tous la même chose : que la justice parle.

Elle a parlé. Ce mercredi 18 mars 2026, la juge a condamné Dagobert Nwafo à la peine de mort par fusillade pour l’assassinat avec préméditation d’Ouandji Nathanaël Mathis, 6 ans, dit « Bébé Mathys ». Outre la sanction capitale, le condamné devra verser 500 millions de francs CFA en dommages et intérêts à la famille de la victime, ainsi que 25 millions de francs CFA de dépens à l’État camerounais. En suivant à la lettre les réquisitions du ministère public formulées dès décembre 2025, le tribunal a rendu un verdict que beaucoup, dehors, ont accueilli dans les larmes — mêlées de soulagement et de douleur encore vive.

Une nuit de mai qui a changé le Cameroun

L’histoire commence le 10 mai 2025, dans le quartier populaire de Ngoa-Ekélé, à Yaoundé. Une dispute éclate dans un bar entre Dagobert Nwafo, un sexagénaire connu dans les cercles artistiques de la capitale comme le père de la chanteuse Lydol, et Paulin Ouandji, le père du jeune Mathis. L’altercation semble se clore. Nwafo quitte les lieux. Mais il revient.

Ce qu’il fait ensuite va traumatiser une nation entière.

Il pénètre dans la demeure familiale et porte plusieurs coups de couteau au petit Mathis — dont un à la gorge. Le garçon, transporté en urgence à l’hôpital militaire de Yaoundé, n’y survivra pas. La foule présente sur les lieux s’est acharnée sur l’agresseur présumé avant l’arrivée des forces de l’ordre, le laissant dans un état critique, hospitalisé dans le coma pendant plusieurs jours. Il sera ensuite arrêté, présenté au procureur, et incarcéré à la prison centrale de Kondengui.

En garde à vue, Dagobert Nwafo invoque une amnésie partielle, qu’il attribue à son état d’ivresse au moment des faits. Une déclaration qui, loin d’apaiser l’opinion, l’enflamme davantage. Partout au Cameroun, dans les rues, sur les réseaux sociaux, une même phrase revient en boucle : « Justice pour Mathis. »

Un procès sous haute tension

Le procès s’ouvre le 11 décembre 2025, devant une salle d’audience comble. Le ministère public ne tergiversera pas : il requiert la peine de mort, en s’appuyant sur l’article 374 du Code pénal camerounais, qui punit l’assassinat avec préméditation de la sanction capitale.

Mais la défense ne rend pas les armes. Lors des plaidoiries du 12 mars 2026, les avocats de Nwafo demandent son acquittement pur et simple, s’appuyant sur ce qu’ils qualifient d’insuffisances majeures dans le dossier d’instruction. Premier argument : les analyses de sang versées au dossier n’auraient pas fait l’objet d’une expertise scientifique indépendante permettant d’établir avec certitude leur appartenance à l’accusé. Second argument, plus troublant : un certain « Messina », présenté comme l’individu ayant récupéré le poignard des mains de Nwafo juste après le crime, n’a jamais été entendu par le tribunal depuis le début de l’enquête, privant ainsi les débats d’un témoignage potentiellement décisif.

Ces arguments n’ont pas convaincu la juge Ekassi.

« La loi a été appliquée »

En rendant son verdict ce mercredi matin, le tribunal a reconnu Dagobert Nwafo coupable d’assassinat avec préméditation sur la personne d’un enfant mineur, considéré comme une circonstance aggravante de premier ordre. La condamnation à mort par fusillade, la plus sévère que puisse prononcer le système judiciaire camerounais, a été accueillie par des cris et des pleurs dans la salle d’audience — et par une foule en liesse à l’extérieur du bâtiment.

« La loi a été appliquée. C’est tout ce qu’on demandait », aurait déclaré un proche de la famille Ouandji à sa sortie du tribunal, selon des témoins présents sur place.

Un pays face à ses contradictions

Au-delà de l’émotion brute, le verdict du 18 mars 2026 rouvre des débats qui agitent le Cameroun depuis des décennies. Si la peine de mort est légalement en vigueur dans le pays, elle n’a pas été exécutée depuis plusieurs années — un moratoire de facto que certains juristes et organisations de droits humains espèrent voir un jour formalisé en abolition. L’affaire Mathis relance cette controverse à la vitesse d’un incendie.

Mais l’affaire a aussi mis en lumière une autre blessure : l’insécurité croissante dans les quartiers populaires de Yaoundé et la vulnérabilité des enfants face aux violences entre adultes. Elle a exposé les failles d’un système judiciaire souvent perçu comme lent, opaque, et trop sensible aux pressions — l’avocat de la famille Ouandji, Me Valéry, avait lui-même été victime d’une agression à Douala au cours de la procédure, un fait qui avait suscité une vive inquiétude quant à la sécurité des acteurs judiciaires impliqués dans des affaires à haute visibilité.

L’affaire Mathis aura également traversé le terrain politique. Plusieurs voix, au Parlement comme dans la société civile, ont exigé des réponses plus structurelles : renforcement de la protection de l’enfance, encadrement des débits de boisson dans les quartiers résidentiels, et amélioration des conditions d’enquête criminelle.

« Plus jamais ça »

Pour la famille Ouandji, aucun verdict ne ramènera Mathis. Ce garçon de 6 ans, qui jouait probablement encore dans la cour de sa maison le soir du 10 mai 2025, est devenu malgré lui le symbole d’une génération camerounaise qui refuse la fatalité de la violence ordinaire.

Dehors, sur les marches du tribunal du Mfoundi, des femmes en boubou brodé chantaient doucement. Quelqu’un avait apporté un bouquet de fleurs blanches. Sur une banderole tenue par deux adolescents, on pouvait lire, en majuscules tracées au feutre noir

 

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