30 janvier 2026 — Le gouvernement de transition burkinabè a acté, jeudi 29 janvier 2026, la dissolution complète de l’ensemble des partis et formations politiques du pays. Cette décision, prise en Conseil des ministres sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, marque une étape supplémentaire dans la refondation politique engagée depuis le coup d’État de septembre 2022. Le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, a annoncé la mesure à l’issue de la réunion gouvernementale. Un décret présidentiel porte dissolution des partis politiques et abroge leur personnalité juridique. Un projet de loi complémentaire, qui supprime les textes régissant leur fonctionnement, leur financement et le statut du chef de file de l’opposition, sera transmis « dans les meilleurs délais » à l’Assemblée législative de transition. Le patrimoine des formations dissoutes sera dévolu à l’État, précise le décret.Justification officielle : une « faillite » des partis dans leur mission Selon les autorités, cette décision fait suite à « un diagnostic approfondi du système partisan » qui a révélé de « nombreuses dérives ».
Le gouvernement reproche aux partis politiques leur incapacité à mobiliser les citoyens autour des priorités nationales, notamment la lutte contre le terrorisme.« La multiplication des partis politiques a entraîné des dérives, favorisant la division des citoyens et fragilisant le tissu social », a déclaré la présidence dans le compte rendu du Conseil.
Émile Zerbo a ajouté que les formations politiques, pourtant chargées constitutionnellement d’animer la vie démocratique et d’éduquer le peuple, étaient « en total déphasage avec les aspirations réelles du peuple et les enjeux stratégiques, notamment sécuritaires ». La dissolution vise officiellement à :Préserver l’unité nationale,
Renforcer la cohérence de l’action gouvernementale,
Ouvrir la voie à une réforme profonde du mode de gouvernance politique.
Contexte : un durcissement progressif depuis 2022
Les activités des partis étaient déjà suspendues de facto depuis le putsch du 30 septembre 2022, qui a porté Ibrahim Traoré au pouvoir après le renversement du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.
Les partis ne pouvaient plus organiser de meetings publics, même s’ils conservaient une existence légale formelle. Cette mesure s’inscrit dans une série de décisions similaires observées dans la région sahélienne. Le Mali et le Niger, partenaires du Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont également dissous leurs partis politiques ces dernières années. Les élections, initialement prévues pour 2024, ont été reportées à plusieurs reprises et ne disposent plus de calendrier précis. Le régime du capitaine Traoré, qui se présente comme un pouvoir de transition « patriotique » et « anti-impérialiste », assume ouvertement ne pas être une démocratie classique et privilégie la centralisation du pouvoir au nom de la lutte contre le jihadisme et de la souveraineté nationale. Aucune réaction officielle d’opposants n’a filtré dans l’immédiat, l’espace politique étant fortement contraint depuis plusieurs années.Cette décision consacre la disparition formelle du multipartisme au Burkina Faso, au moins dans sa forme actuelle, et pose la question de l’avenir institutionnel du pays à moyen terme.
Roly Londell Klein
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